Renoncement

 

J’ai renoncé. C’est arrivé à l’approche de l’année 2017. Je l’ai senti en moi. Le 31 décembre. Je n’avais pas hâte de passer la nouvelle année, parce que je savais que tout ça, cette fête qui était censée représenter une césure ne l’était pas. Tout continuerait… Certaines choses ne s’effacent pas et c’est seulement en faisant un travail sur soi qu’on parvient à les accepter et à clore le chapitre. C’était exactement ce que je comptais faire pour l’année 2017. Me confronter à ce qui n’allait pas, pour pouvoir avancer. Cette perspective ne me réjouissait pas, mais je la savais essentielle.

Le renoncement est perçu comme quelque chose de négatif, sacrifier quelque chose auquel on tient et qui nous importe profondément. Le renoncement permet au contraire de changer un peu sa vision des choses, de comprendre que ce qu’on croyait important ne l’est en vérité pas tant que ça. Après 2 ans et demi de célibat, j’ai renoncé à ce que je recherchais : un mec, une relation, l’amour, peu importe, comment on l’appelle. Je ne veux plus que mon bonheur dépende de quelqu’un autre, de faire du couple le but ultime de ma vie, comme si sans cela je n’existais pas.

Ce n’était pas un désir ni un souhait, c’était plus fort que ça. C’était un besoin. Depuis je suis ado, j’en ai toujours eu besoin, d’être avec quelqu’un. J’ai grandi en étant en couple et c’est une fois à l’âge adulte que je me suis retrouvée à devoir refaire tout le chemin. Accepter la solitude, cesser de me fuir, de combler un vide existentiel qu’en vérité j’avais moi-même créé. C’est difficile !

Quelque part, j’en veux à tous les médias : les publicités dans le métro, les films, les dessins animés, les livres, la télévision… Parce qu’ils ne m’ont pas aidé dans ce cheminement intérieur. Toute ma vie a été conditionnée par ces informations qu’on m’envoie depuis que je suis gosse : trouver l’amour. “Ils se marièrent et vécurent heureux”. Comme s’il fallait être deux pour s’accorder le droit de rire, d’aimer et de vivre. Comme si c’était la solution !

Et pour ceux qui n’y arrivent pas, on trouve quoi ? De l’amour au rabais. On prend ce qui fait l’intimité même d’un couple “le sexe” et on le vend comme la chose la plus merveilleuse, encore plus merveilleuse parce qu’en plus on passe au travers de ce qui peut se révéler contraignant dans un couple l’engagement.

Non je n’en veux plus ! Je n’en peux plus de me sentir oppressée par une sorte de pression sociale qu’on me dicte la façon dont je dois me conduire, de sentir le regard désapprobateur des autres, qu’on me dise ce que je dois faire. Tous ces signaux contradictoires m’empêchent d’être. À force, je ne sais même plus moi-même comment je dois me comporter, ce que je dois penser. Qui a raison, qui a tort ? J’hurle contre mon entourage, la société, contre moi-même pour me libérer.

J’ai souffert d’avoir trop attendu des autres, trop cherché. Inutilement. Car personne ne peut m’apporter ce que j’attends. Parfois le retrait est la juste chose à faire. Pour comprendre, pour se poser, se reposer. Je me suis repliée en ermite. Cette perspective ne me paraissait pas très engageante et pourtant, j’en avais terriblement besoin. C’est à ce moment que j’ai compris le bien-être d’être seule. Passer mes soirées à lire, à écrire, me couper du monde, un peu, ne plus avoir envie de voir personne (bien que je demeure sociable et que je sors souvent). Ça ne m’était jamais arrivé.

Si j’étais seule ? Je déprimais, il fallait absolument que je voie du monde. Désormais, quand je peux avoir une soirée tranquille dans mon lit à écrire ou à lire. Quel bonheur ! Le rythme de la vie parisienne bien sûr, n’y ai pas pour rien. Enfin, j’accepte la solitude à sa juste valeur, comme un moment privilégié avec moi-même, durant lequel je peux me retrouver. J’arrive au travail heureuse, peu importe, ce que j’ai fait la veille, car enfin je suis bien avec moi-même. Une nouveauté.

Dans le miroir, j’ai affronté mon regard sans le craindre et soudain, je l’ai aimé. Je me suis vue objectivement, je me suis vue sans le prisme du jugement et je me suis aimée. J’ai trouvé la clé, colmaté la brèche. Je me suis rendu compte de ma valeur, que je n’avais besoin de personne pour me prouver, qui j’étais.

Cela n’efface pas pour autant cette part de ma personnalité : je suis une éternelle romantique, une “fleur bleue”. Aujourd’hui, je sais que je suis prête à l’amour, à vivre toute ma vie avec un homme, à faner à son bras. Pas à son illusion, ni même pour satisfaire un manque, non. Je suis sereine avec moi-même, car je sais ce que je veux. “Ça viendra” comme me le dit si souvent ma grand-mère pour me rassurer. Alors qu’avant je lui répondais “oui, mais quand ?” impatiente à l’idée que ce jour arrive, maintenant je lui réponds “oui ça viendra, mais je ne suis pas pressée. Pour le moment, je suis bien comme je suis.” À quoi cela sert-il de l’être ? Rester fixé sur une chose qui de toute façon arrivera. C’est le meilleur moyen pour s’empêcher de vivre toutes les belles choses qui arrivent en attendant. La beauté de l’amitié, de la famille et tout simplement les hasards de la vie.

D’ici là, je préfère entretenir mes souvenirs, les écrire, plutôt que de chercher ce que je ne peux avoir actuellement. Retrouver la beauté de l’amour, car au milieu d’une mer de déception, il y a quelques trésors. Une relation que j’ai vécue dans la souffrance, mais aussi dans l’exaltation, parce qu’elle m’a appris beaucoup de choses sur moi-même et finalement c’est bien cela qu’il faut garder : pas les échecs, pas les déceptions, mais la phrase qui nous a un peu bouleversés de l’intérieur et qui secrètement nous a rendu légèrement différent. J’ai connu le bonheur et je sais que je ne peux pas prétendre à moins. C’est déjà incroyable. Je ne peux pas me plaindre ni faire la petite fille capricieuse, car tout ça ne se commande pas. C’est merveilleux de se dire que rien n’est accompli et que tout reste à découvrir ! Tant de choses à faire, à apprendre et à aimer ou cours de cette vie.

Il me suffit de voir le monde, de lever la tête au ciel, de regarder les gens dans le métro et je ressens cet élan “parce que j’ai trop d’amour”. Aujourd’hui, j’apprends à me contenter de ça. Je n’ai pas besoin de retour, ce qui compte c’est ce que j’éprouve maintenant. Je ne suis pas amoureuse, seulement aimante de la vie et c’est bien là toute la différence.

Renoncer à chercher ce sentiment m’a permis de me rendre compte qu’il était présent partout dans ma vie. Et surtout de rediriger un peu de cet amour envers moi-même. Au moment, où j’écris ce texte, mon cœur déborde, j’ai ce désir de vivre, plus fort, plus librement. Je renonce à chercher pour vivre maintenant, sans anticiper, ni subir.

Source image : Pinterest

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4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. « Qu’on me dicte la façon dont je dois me conduire, de sentir le regard désapprobateur des autres ».
    J’ai bien aimé cette phrase. Avant que je ne me tattoo les deux mains , mon entourage / Collègues m’exprimaient leur peur vis à vis de ma profession.
    Je suis aujourd’hui Ingénieur depuis 1 ans et je ne me suis jamais sentit aussi libre. Libre du regard des gens (personnelement), libre de la société (financièrement) , libre de passé à autre choses, et d’acquérir encore plus de liberté. Car malheuresement pour rejoindre ton article, je considère que la liberté s’acquiert au prix d’un sacrifice important.

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour Jean Sébastien,
      merci pour ton commentaire. Peut-être que justement en faisant ce tatouage, cela t’a permis de te détacher de l’avis des autres. Même si les tatouages se sont vachement répandus, les gens émettront toujours leur avis, soit parce que le motif ne leur parle pas, soit par rapport à l’endroit, soit tout simplement « non mais tu te rends compte, c’est à vie ce truc là ? » Je pense qu’à partir du moment où tu assumes toi même tes décisions, il y a toujours des gens à qui ça ne plaira pas, mais ils l’accepteront quand même car tu es sûr de toi, parce que tout simplement ça fait partie de toi. Alors oui dans le boulot, les tatouages c’est toujours compliqué, mais ça dépend sur qui on tombe et ce qu’on veut aussi. Et quelque chose me dit que tu préfères qu’on t’accepte tel que tu es, plutôt que de te conformer à une norme pour pouvoir exercer ton métier 😉
      Heureuse pour toi que tu ais réussi à trouver cette liberté car ce n’est pas aussi évident.

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  2. J’étais à Staten Island hier et je suis tombé sur un ouvrage de Virginie Grimaldi (oui, à New York?!).
    Le titre m’a apostrophé et je pense que l’ouvrage t’intéressera tout autant.
    Aurais-tu une adresse où je pourrais te l’envoyer ( un point relais suffira, évidemment).
    J’ai un petit truc à t’envoyer avec, ca sera la surprise du packaging.

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    1. Bonjour Sébastien,
      je viens seulement de voir ton message. Ca m’intéresse beaucoup. Tu peux me contacter sur Facebook (page ou profil)à Déborah Galopin ou sur mon adresse mail : deborahgalopin.pro@gmail.com
      En te remerciant,
      Déborah

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