Une histoire banale… Témoignage d’un abus sexuel

Je voudrais vous raconter une histoire banale. Une histoire qui arrive plus souvent qu’on ne le croit. Je le fais pour tenter de briser un tabou, pour participer moi aussi à aider les consciences à s’éveiller et peut-être quelque part pour m’en décharger. Pour mettre des mots sur des faits qu’on tait, qu’on intériorise et qui ont des conséquences. Pour me dire qu’elle ne me concerne pas seulement, mais qu’on l’est tous d’une certaine façon.

Ce n’est pas la première fois que j’essaye de raconter cette histoire, que je me lance dans une introduction bidon avant d’enfin pouvoir balancer ce qui me tenaille. J’ai l’impression que ce que je vais raconter va être long, mais en vérité cela pourrait se résumer en quelques mots : on m’a abusé. Je me suis faite abuser. Voilà, les faits sont posés ! Je sais que mes proches liront ce texte et pour vous rassurer, ça arrive à d’autres, peut-être de la même façon, peut-être en pire, c’est arrivé à moi. En somme c’est banal, mais c’est bien là tout le drame. J’ai mis du temps avant d’admettre ce qu’il s’était passé. Ce n’est pas quelque chose dont on parle spontanément. Je n’arrive d’ailleurs toujours pas à employer le mot “viol”. Quand quelqu’un le prononce, cela me semble trop fort et je suis presque prête à défendre le responsable. Je me sens parfois coupable voire responsable de ce qu’il s’est passé. Après tout, c’est moi qui me mets dans ce genre de situation, toute seule comme une grande. Je tombe sur des connards, c’est forcément que je le cherche… Mais assez tergiversé !

Je venais de rencontrer un garçon, galant, attentionné, gentil. Il semblait incarner toutes les qualités qu’on peut attendre d’une personne. Pourtant, sans que je sache pourquoi, quelque chose me repoussait chez lui. Son côté aristo sûrement. Il dégageait un truc qui me disait “lui, il ne se prend pas pour d’la merde, il se sent supérieur”. Le genre de sentiment qui me met mal à l’aise et me donne envie de rapetisser illico. J’ai voulu me raccrocher aux bonnes choses qui émanaient de lui. Après un premier rendez-vous où nous avons marché toute la journée dans Paris alors qu’il avait mal au pied (vous rendez-vous compte ? Il s’est fait mal pour ma pomme car il appréciait ma compagnie), il m’a proposé de venir manger chez lui quelques jours plus tard. Aguichée par l’idée, j’ai accepté.

Ce n’était pas mon premier rendez-vous. Je n’ai jamais eu peur de me rendre chez un mec que je ne connaissais pas. Ça aussi c’était banal finalement. Il a cuisiné. J’étais gênée. On a un peu parlé. Puis il m’a fait venir dans sa chambre pour écouter de vieilles chansons sur une platine vinyle. Il y avait quelque chose de charmant là dedans. Rapidement, il m’a embrassé. Je me suis laissé faire. Je m’y attendais. Il m’a ensuite entraîné plus loin dans le lit. Allongé l’un contre l’autre nous nous embrassions. J’aimais ça. J’aime quand les hommes m’embrassent. Mais après plusieurs déceptions répétées, j’avais envie de prendre mon temps. Je voulais surtout attendre. Je me souvenais des premiers baisers avec mon second copain, le dernier, le vrai. Et j’avais envie de retrouver cela. La passion, l’attente qui fait naître l’amour, la découverte… Alors j’ai dit “arrête”. Il a arrêté. 5 secondes. Le temps de recommencer. J’ai redit “arrête”. Peut-être cinq fois, dix fois, quinze fois. Et chaque fois le même scénario. Il a recommencé. Alors je me suis dit que le problème venait de moi.

“Allez va s’y, détends-toi, laisse-toi aller”, je me suis dis. Je me suis détendue, mais mon esprit pas vraiment. Il m’a souillé, sans me demander mon avis. S’est soulagé en moi. J’ai eu envie de vomir. J’étais mal. J’avais mal au ventre. Et je suis restée prostrée dans son lit toute la nuit. J’avais peur de l’abandon et pourtant, je me sentais déjà abandonnée. Le lendemain matin, rebelote. Cette fois j’ai tenu bon, j’ai réussi à rester ferme jusqu’à ce qu’il s’arrête. J’étais mal, mais il ne comprenait pas pourquoi. Je lui ai expliqué que j’avais le sentiment qu’il ne m’avait pas respectée. “Mais non, toutes les filles disent non au début, mais c’est parce qu’elles osent pas dire oui le premier soir”. Alors voilà, d’après lui, si les filles disent « non » c’est juste pour jouer les filles bien. J’ai insisté. Ça m’avait vraiment blessé ! Il s’est excusé et ça m’a rassuré. Un peu.

Pourtant, toute la journée au travail j’étais pas bien. Je veux dire vraiment pas bien. Ça m’arrive d’avoir le moral dans les chaussettes, mais c’était la première fois que je me demandais si je m’étais faite abuser. J’ai exposé la situation à un ami et à ma colocataire. Ils m’ont confirmé mes doutes mais je continuais à fermer les yeux, à me dire qu’il m’avait juste manqué de respect, mais qu’autrement il était gentil, qu’il avait fauté, mais que ce n’était pas si grave. Mon ami a cessé de me parler quand je lui ai dit que je n’avais pas  l’intention d’arrêter de voir ce fameux type pour autant. On ne s’est pas adressé la parole pendant presque trois mois. Il voulait m’ouvrir les yeux et moi je m’obstinais à les fermer. “Non, les abus sexuels ça arrivent aux autres, pas à moi.”

Pendant trois semaines, j’ai vécu dans le doute, le questionnement, l’angoisse. À ce moment, ma plus grande angoisse n’était pas de m’être fait abuser (c’était passé après tout !), mais de me dire qu’un enfant pouvait naître de cette union que je n’avais pas consenti. Par moment, je voulais immédiatement faire un test de grossesse, ça me brûlait le bide ! Et puis d’autre fois, je me disais que c’était idiot, que c’était une crainte absurde. Je suis allée jusqu’à penser à le garder juste pour lui faire cracher son pognon, pour me venger. Mais non, je ne pouvais pas, je ne pouvais pas avoir un enfant et me dire qu’il n’était pas le fruit d’un amour mais celui d’un rejet. J’étais partagée par des sentiments ambivalents, entre trop plein et trop vide, entre désir d’être aimée et répulsion. On s’est vu quelques autres fois et je lui ai formulé ma crainte d’être enceinte. Il a presque hurlé “je ne veux pas d’un bâtard ! Il est hors de question que j’ai un bâtard”. Cette phrase m’a fait l’effet d’une claque. C’était lui qui avait voulu ce rapport, qui s’était soulagé en moi sans même me poser de question et je devenais la responsable.

abus
Un mois après, je me posais toujours la question.

J’ai fait le test au bout d’un mois, n’en pouvant plus de m’interroger. Même si mes angoisses s’étaient un peu taries, je voulais en avoir le cœur net. Ce fut un soulagement de voir la barre horizontale. Le lendemain, j’ai mis un terme à ce début de relation qui n’aurait même pas dû commencer ! Cet abus n’aura pas de conséquences concrètes et cela me soulageait. C’était une connerie sans conséquence. La rancune était pourtant toujours là. Deux semaines après, il est revenu me parler et m’a demandé si j’étais okay pour un plan à trois. Ce fût la goutte de trop. Je voulais me venger, ma vengeance était là: dans la vérité ! Je lui ai dit ce que j’avais déjà tenté de lui dire le lendemain de l’accident, c’est alors que je suis devenue la coupable: “Pourquoi tu m’as embrassé ? Pourquoi tu n’es pas partie ? Tu aurais pu me repousser, prendre tes affaires, te barrer ?” Je le dégoûtais. C’est moi qui le dégoûtais et lui donnais envie de vomir ! Ironie du sort…

Pour dire non il faut déjà avoir du courage. Admettre que non, on n’en a pas envie, prendre le risque de décevoir l’autre, de le couper dans son envie. C’est la première fois que j’osais. Il était sur moi, me coupait le souffle, j’ai dit “stop”, plus d’une fois. Avoir recours à la force, à la violence, c’était selon moi juste une façon d’aggraver la situation. Pourquoi je ne me suis pas barrée ? Parce que ça aurait été pire ! Ça aurait été admettre ce qu’il m’avait fait. Et je ne voulais pas. Il est plus facile de rechercher du réconfort auprès de celui qui nous fait du mal, plutôt que de partir pour aller chialer toute seule dans ses draps . On se dit que ce n’est pas grave, que c’est une erreur, qu’il n’a pas voulu, qu’il n’a pas fait exprès. On essaye de tirer un trait le plus rapidement possible, d’oublier…

Les hommes disent qu’ils ne sont pas des violeurs, qu’à eux ça ne leur arriverait pas, mais vous savez quoi ? C’est faux ! Parce que quand j’ai de nouveau essayé de dire non à un garçon, il ne s’est pas arrêté. Pas tant que je n’ai pas réussi à atteindre la corde sensible pour le frustrer dans son envie et le faire s’arrêter enfin. Avant qu’il ne soit trop tard… Situation absurde puisque durant tout le rapport je lui disais que je ne coucherai pas avec lui, que je ne voulais pas coucher avec lui et lui au contraire essayait de me convaincre que si j’en avais envie, qu’il le ressentait. Je n’ai pas oser le repousser franchement parce que je voulais voir jusqu’où il était capable d’aller. Je voulais savoir si les hommes étaient tous les mêmes. Je n’étais pas encore bien sûr que je m’étais faite abusée la dernière fois. Quand il s’est barré, j’ai eu envie de vomir de nouveau. Je me demande aujourd’hui, si je me ferai indéfiniment violer ou si un jour un mec serait assez patient pour attendre. J’ai peur qu’une troisième fois se renouvelle, que je ne sois pas assez forte !

Ce que je constate c’est que les mecs sont focalisés sur leur envie, sur le langage du corps ! Parce qu’un mec, il s’en fout de nos paroles. Oui, j’avais du désir mais non je n’avais pas envie de baiser avec un mec complétement saoul pour qu’il fasse son affaire et se barre, pour qu’il ne me parle plus jusqu’à ce qu’il soit de nouveau dans le mal. Non, BORDEL DE MERDE, ce n’est pas comme ça que je conçois un rapport sexuel. Je ne suis pas une fille qui ouvre les cuisses pour réconforter les autres. Je ne suis pas une fille qui couche uniquement parce qu’elle a des désirs, parce qu’il faut que le corps en est envie mais aussi et surtout la tête ! Mais on s’en fout de mon avis après tout, hein ? C’est une histoire banale qui arrive à d’autres, qui arrive à des mecs sans même qu’ils ne s’en rendent compte.

Le sexe est devenu tellement une affaire banale, qu’on ne se soucie même pas du consentement. “Tu veux ou tu veux pas ? Si tu veux tant mieux, si tu veux pas tant pis !” Poser la question à une femme et vous verrez que sa réponse ne sera pas forcément celle que vous pensiez, mais surtout, surtout, quand une femme dit non, c’est non (ou un homme, c’est la même chose hein), il n’y a pas à tortiller du cul, à essayer de la convaincre par A + B qu’elle dit non mais qu’en vérité elle en a envie. Ce n’est pas parce qu’une fille vient chez vous, qu’elle veut forcément baiser. Ce n’est pas parce qu’elle vous embrasse, qu’elle veut aller plus loin ! Parce que tout ça, c’est peut-être l’histoire de quelques minutes pour vous, mais pour elle ça ira beaucoup plus loin, ça durera beaucoup plus longtemps.

D’abord, il lui faudra intégrer la nouvelle, l’accepter, réussir à en parler plutôt que d’en faire un secret de polichinelle. Vous savez, dire droit dans les yeux à ses amis “je me suis faite abuser” c’est pas quelque chose de facile, ça ne se fait pas comme ça. Souvent, même quand la bombe est lancée, on n’en parle pas. Les autres préfèrent éviter le sujet, c’est plus simple. Ça met mal à l’aise ce genre de chose. Les autres ne savent pas trop comment réagir et elle non plus. Chaque fois qu’elle n’ira pas bien c’est ça qui ressortira.  Elle sera méfiante. Quand un homme la touchera de nouveau, quand elle osera de nouveau se laisser approcher, c’est aussi ça qui resurgira ! Elle aura envie mais ne pourra pas, du moins pas tant qu’elle ne sera pas convaincue qu’il la respecte, qu’elle peut lui faire confiance. Voilà en partie les conséquences que j’ai vécues.

Il m’aura fallu quatre mois et plusieurs tentatives, avant de pouvoir écrire ce texte. Il me faudra certainement encore du temps pour passer au-dessus car oui, subir un abus ce n’est pas anodin. Je n’ai moi-même pas de solution à apporter. Je n’ai pas le mot de la fin.  J’aimerais juste que ce texte soit utile à quelqu’un, être comprise et entendue. Je ne veux pas que le regard des gens sur moi changent mais que leur regard change sur ces situations pour éviter de répéter toujours la même histoire.

Source image : Pinterest

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8 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Yuyine dit :

    Merci et bravo pour ce texte qui reflète ce que beaucoup vivent et ne disent pas. Je comprends la situation pour l’avoir vécue et 9 ans plus tard ça me reste encore en travers de la gorge et à l’esprit. Moi j’ai mis 4 ans à en parler, parce que ce fut long et parce que je ne savais pas à qui confier cette bombe. Depuis je vis avec. Je respecte ton courage de l’annoncer à tes proches, moi je n’ai pas su le faire. Je te souhaite d’en avoir encore en réserve (du courage) pour avancer et oser faire confiance à nouveau. Mais je doute pas que tu en auras et que de bonnes choses sont aussi sur ton chemin. En tout cas, retiens que jamais ceci n’est de ta faute. JAMAIS!!!

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    1. Bonjour Julie,
      merci de ton commentaire. 4 ans, c’est long :/ 4 ans à cogiter à se poser des questions… Je crois qu’en postant mon témoignage j’ai vraiment voulu me débarasser de ça. Et effectivement pour la dernière phrase.
      Merci, des bisous,
      Déborah

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  2. petit hérisson dit :

    Bonjour Déborah,

    Il m’est arrivé le même genre de chose, et comme toi je n’ai jamais dit à qui que ce soit que j’ai été abusée. J’ai raconté l’histoire à une ou deux personnes mais jamais en utilisant ce terme. Je te prie de m’excuser pour le pavé que ça va être, mais je pense que ces histoires se font toutes écho, et qu’il est important que celles et ceux qui nous liront s’en rendent compte, alors je me permets d’écrire mon histoire ici… mais n’hésite pas à l’enlever si ça t’ennuie.

    A l’âge de 20 ans environ j’ai rencontré un gars avec qui ça a fait « comme dans un film », on se plaît, on se trouve des milliards de points communs, tout s’annonce génial, mêmes idées mêmes loisirs, des heures passées à débattre, on parlait même féminisme et il semblait convaincu ! Mais je n’étais pas du tout à l’aise avec la sexualité à ce moment là et quand il a commencé à sous-entendre qu’on pourrait se mettre ensemble je l’en ai tout de suite prévenu, clairement, pour lui dire que je n’étais pas prête à avoir ce genre de relation avec un garçon. Il m’a dit « ok, pas de problème, je comprends, mais au moins soyons amis ! allez viens on va jouer à la console chez moi demain soir ! promis je garde mes mains sur la manette 😉 ». Suis-je stupide ? Est-ce que cette dernière phrase était en fait un avertissement à comprendre à l’inverse, pour me dire qu’en fait il allait tenter le coup ? Moi je l’ai cru ! Et j’étais super heureuse de pouvoir continuer cette relation dans la confiance, où les choses étaient annoncées dès le départ, en me disant qu’on allait être amis, et que peut-être, peut-être au fur et à mesure j’allais pouvoir surmonter mon problème et commencer une relation de couple avec lui. Bref, je vais chez lui, on joue à la console, on passe une super soirée, on va se coucher (il habitait très loin de chez moi et il n’y avait plus de train pour rentrer). Il n’a qu’un lit deux places. Dans le doute, je me place bien au bord du matelas, bien loin de lui, en lui tournant le dos, pour bien montrer qu’il n’y a pas d’ambiguïté de mon côté. Mais très vite il s’approche de moi, et commence à me caresser le dos. Je commence à paniquer, je ne réagis pas à ses caresses, je me recroqueville de façon évidente, quasiment en position foetale. Lui, au lieu de se douter que je ne suis pas OK (ou d’en tenir compte…), il commence à me faire des bisous dans le cou, à essayer de me chercher encore plus. Pendant de longues minutes je continue de paniquer, je n’ose rien dire, je secoue la tête, je bouge un peu style « arrête de me toucher »… je lui avais pourtant dit que c’était pas possible, et il avait dit qu’il avait compris !? C’est vrai, je ne me souviens pas si j’ai dit clairement les mots « stop, arrête, je ne veux pas ». Mais il était clair que je ne voulais pas, et il n’arrêtait pas, il n’arrêtait pas, et je me suis dit qu’il ne s’arrêterait pas quoi qu’il arrive, et je me suis dit que si je ne me laissais pas faire il allait faire ce qu’il voulait de toute façon, et que ça n’en serait que plus douloureux pour moi. Alors, au bout d’un long moment, je me suis laissée faire. Je me suis dit que de cette façon je pourrais avoir au moins un petit peu de contrôle sur ce qui allait se passer. Je me suis retournée, et j’ai plongé dans ses bras comme si cela pouvait me protéger de lui-même. J’ai essayé de me détendre. Ce n’est pas allé jusqu’au bout : plus je sentais que je ne pouvais plus retarder l’acte très longtemps, plus je me mettais à paniquer, jusqu’à ce que je me mette à trembler de tout mon corps, hyperventiler et secouer frénétiquement la tête, moment auquel il a fini par comprendre qu’il fallait s’arrêter. Je n’ai donc pas été violée, chouette ! On pourrait presque dire que j’ai eu de la chance, non ? Moi aussi je suis restée avec lui après ça, même s’il avait forcé notre « mise en couple » alors que j’avais dit que je ne voulais pas le faire maintenant. Je pensais que c’était quelqu’un de génial malgré tout, et que de toute façon si je ne surmontais pas mes problèmes de sexualité je ne trouverais personne. Après tout, il avait été très tendre, n’avait pas fait usage de force, donc bon, qu’est-ce que je pouvais lui reprocher !? Tout était très confus dans ma tête. J’étais pourtant déjà une militante féministe chevronnée à l’époque… !!! Le lendemain je suis partie rapidement et on a discuté de ça par messages. Enfin, on n’a jamais parlé du fait qu’il avait essayé de me forcer, mais par contre il a bien épilogué sur le fait que je n’étais pas capable de me détendre assez pour aller jusqu’au bout. Il me disait « c’est pourtant simple, il faut se décoincer, lâcher prise ! ». Je lui disais que ce n’était pas si simple mais rien n’y faisait, après tout, son ex était étudiante en psychologie et il avait lu ses cours, alors il y connaissait un rayon, hein ! J’ai dit que je n’étais pas prête à recommencer tout de suite, que je l’avais prévenu, que j’étais trop angoissée. Il m’a ré-invitée chez lui pour qu’on en parle de vive voix. Je suis conne ? J’y suis allée. Une heure plus tard, il me retombait dessus, mettait ses mains où je ne voulais pas, voulait coucher avec moi. Je lui ai demandé pourquoi il faisait ça, vu que je lui avais dit que je ne voulais pas, que c’était une souffrance pour moi ? Il me répond « j’essaie pour me faire ma propre idée, je pense que tu n’es pas la mieux placée pour savoir ce qui se passe dans ta tête ». Oui, il m’a vraiment dit ça. J’étais furieuse, j’ai dit que je ne voulais pas. Il m’a dit « pourquoi t’es venue alors ? ». Voilà. Parlant de ma crise d’angoisse au lit, il m’a demandé si j’avais pensé à la schizophrénie. Il a fini en concluant qu’on n’allait pas pouvoir rester ensemble parce que la sexualité était quelque chose de trop important pour lui. Au bout de 5 jours. Relation ridiculement courte, mais dont je garderai toujours la marque.

    Le copain que j’avais eu avant lui avait tenté le chantage au sexe, ne s’était jamais soucié de savoir pourquoi je n’y arrivais pas, quittait la pièce sans me demander ce qui n’allait pas quand je me mettais à trembler (je le soupçonnais d’aller se « finir » tout seul aux toilettes pendant que je sanglotais), m’avait traitée de lesbienne refoulée, frigide, coincée, m’avait dit que je le torturais, et que si je l’aimais, je le ferais. Je ne considérais pas ça comme des abus car avec lui, on était officiellement en couple, et j’avais l’impression d’effectivement avoir le devoir de lui apporter une satisfaction sexuelle, et d’être en tort si je ne le faisais pas. Je me sentais coupable car je n’arrivais pas à expliquer pourquoi je ne pouvais pas aller jusqu’au bout.
    D’où le fait que j’avais pensé nécessaire de prévenir le suivant que ce ne serait pas facile. Ca n’a servi à rien, car certains veulent uniquement en faire à leur tête, obtenir ce qu’ils veulent, sans se soucier de ce que vous ressentez. Cette impression d’être un objet continue de planer.

    Mon copain d’aujourd’hui, quand on a commencé, il m’a demandé à chaque petite étape si je voulais aller plus loin ou pas. Je pouvais temporiser quand je le voulais, arrêter quand je voulais, sans avoir à m’inquiéter que ça l’énerve, car ça ne le gênait jamais. Il était toujours content d’avoir passé un bon moment avec moi, tout simplement, et la finalité n’était pas d’avoir trempé le biscuit mais d’avoir partagé quelque chose ensemble. Et tout s’est bien passé. Tout simplement. Car je ne me sentais pas forcée, que je sentais que tout ça c’était à propos de nous deux, de moi aussi, et pas uniquement de son plaisir à lui. J’ai tout de même parfois fait des crises d’angoisses en repensant au passé et alors il me berçait, me rassurait, me demandait ce qui n’allait pas, s’il pouvait m’aider. Parfois je culpabilisais de ne pas aller jusqu’au bout, il ne comprenait pas pourquoi, alors je lui ai raconté ces histoires, et il m’a dit que ces gars étaient des gros cons. Au fond de moi je le savais un peu mais j’ai toujours eu le doute. Je pouvais presque pleurer de reconnaissance envers lui quand il ne me faisait pas de reproche, et lui il était perplexe, me disant que je n’avais pas à le remercier parce que son comportement était juste normal, c’est juste normal de se soucier de l’autre. Encore aujourd’hui au moindre doute il vérifie que tout va bien. Et du coup, tout va mieux.

    Je ne sais pas trop comment conclure cette histoire. Ton texte est très juste, Déborah. J’ai entendu des bribes de choses du même genre parmi mon entourage de filles, à demi-mot, et je soupçonne que ça ne soit que la toute petite partie émergée de l’iceberg. Tout ça peut arriver à n’importe quelle fille, même celles qui semblent les plus fortes, et n’importe quel garçon, même ceux qui semblent les plus insoupçonnables. Les filles, vous méritez le respect, TOUT le respect, dans tous les domaines. Ne laissez personne vous faire croire que vous n’avez pas le droit de mettre vos limites. Tout ça n’a rien d’anodin. Vous ne leur devez RIEN. Quelqu’un qui vous fait ça ne mérite pas une seconde de votre temps, même si par ailleurs il ressemble au prince charmant.
    Ca me retourne le coeur et l’estomac de penser à la façon dont beaucoup d’hommes nous considèrent encore, à ce jour. Ici en France comme partout ailleurs. Pas aussi humaines qu’eux semble-t-il, pas assez pour mériter qu’ils tiennent compte de nous à part entière, en tout cas, et qu’ils cessent de faire passer leurs envies avant nos besoins élémentaires.
    Les gars… réfléchissez à tout ça.

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    1. Bonjour Petit Hérisson,
      merci de ton témoignage ! Et bien évidemment que non, ça ne me dérange pas bien au contraire ! J’ai écris ce texte précisemment pour ça, pour aider quelques langues à se délier, qu’on se sente moins seule face à ça. Plus je me rends compte que c’est courant… Plus ça me dégoute et me peine !
      J’ai tellement l’impression que tous les mecs sont comme le premier que tu as cité. Ils savent qu’on ne veut pas mais tentent quand même, comme si on les mettait au défi de je-ne-sais-quoi, d’être le male dominant, d’y arriver mieux que les autres… C’est bien que tu ais réussi à trouver un homme compréhensif. Ce devrait tellement être la base mais j’ai plus l’impression que c’est une exception… C’est triste ! C’est toute une mentalité qu’on devrait changé !
      Déborah

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  3. Lylyy dit :

    Ça me touche énormément ton témoignage et m’aide à mettre des mots sur – hélas – une situation très similaire, bien qu’avec quelqu’un que je connaissais très bien…
    Merci pour ton courage et ton article, qui je pense, va en aider beaucoup.

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    1. Bonjour Lily,
      merci de ton commentaire ! Et oui ce n’est pas evident de s’avouer ce genre de chose…
      Je suis heureuse de voir que mon témoignage a pu t’être utile 🙂
      Déborah

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  4. Sb dit :

    Bonjour.

    Je ne peux clairement pas dire que je puisse ressentir ce que tu as vécu. Ni même t’adresser un mot réconfortant, cela serait réellement hypocrite (je ne te connais pas, et surement jamais). Cependant, les gens comme ce mec sont réellement a gerber. Les hommes ne devraient pas traiter les femmes comme des morceaux de viande ou l’on se soulage.

    Donc, je ne te dirais qu’une chose, bien que tu n’ais aucune raison de me croire, ni même de prêter attention a mon avis… c’est que, même si il y a beaucoup de connards, de monstre, ou bien de sous-merde… il reste des mecs biens.

    Donc ne désespère pas, et si tu retombes sur un mec de ce genre, brise lui les parties, de sorte qu’il ne se reproduise pas.

    Amicalement.

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    1. Bonjour Stéphane,
      merci de ton commentaire ! Et j’y penserai à l’avenir ! 🙂
      Tu as raison, je dois être plus forte que ça.
      Déborah

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