Interview: Emilie Ménard

Ce lundi 25 janvier, Emilie Ménard, Artiste-Peintre, m’a donné rendez-vous au 108. Ça aurait pu être le nom d’un bar branché à l’ambiance calme en ce milieu d’après-midi, mais sympathique. Cependant, quand je vois qu’il n’y a aucune devanture susceptible de ressembler à un bistrot je comprends bien vite,que l’adresse n’a pas été choisie au hasard. On m’a réservé une petite surprise ! C’est au sein même de son atelier que Emilie Ménard m’a convié. Quand j’entre dans l’appartement, des dizaines de portraits de femmes me fixent. Elles semblent toutes avoir quelque chose à me dire. Ça tombe bien car je suis là pour faire parler la mère de toutes ces créatures. Je m’installe, prends une gorgée du verre de jus d’orange que Émilie vient de me servir, caresse copieusement le carlin qui est persuadé que la star de la journée c’est lui. Quand il a eu sa dose de reconnaissance, je peux de nouveau tourner mon attention vers Émilie, impatiente qu’elle me parle de son univers.

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Pour les personnes qui ne te connaissent pas encore, peux-tu te présenter ?
Je suis Emilie Ménard, Artiste-Peintre. Je me suis mise à la peinture depuis une dizaine d’années. Depuis juillet, je commence à exposer et à vendre mes toiles. Cela fait un peu plus de six mois que je ne fais que ça et que je suis devenue professionnelle.

Comment cette passion de la peinture a-t-elle commencé ?
C’est difficile à me souvenir, car c’est quelque chose que j’ai toujours fait depuis toute petite. J’ai commencé par dessiner, créer des bandes dessinées, puis un jour, j’ai eu envie de me lancer dans la peinture, ce qui m’a plu. J’utilise principalement de la peinture à l’huile, ce qui est très technique. J’aime expérimenter de nouvelles choses, c’est pourquoi je travaille aussi à l’aérosol et à l’acrylique. Je m’inspire un peu de tout ce que je vois autour de moi, des expositions, de mes lectures. En dix ans, ma façon de peindre a pas mal évolué.

Ton sujet de prédilection ce sont les femmes. Quel a été l’élément déclencheur qui t’a poussé à peindre leur portrait ?
Cela s’est fait assez naturellement puisque j’ai toujours préféré dessiner des femmes. Il n’y a pas d’élément déclencheur à proprement parler. Les femmes m’inspirent, j’apprécie leur beauté, j’ai donc voulu travailler sur ce sujet. Je pense aussi que j’avais des choses à exprimer par rapport à ça, le côté féministe mais sans l’aspect négatif.

Le Pop Art et le Street Art ont-ils toujours fait parti de ton style ou est-ce une façon d’inscrire tes sujets dans un cadre réaliste et social ?
Quand j’ai commencé à peindre, mes tableaux étaient beaucoup plus sombres. Le Street Art a toujours été là, car c’est un style que j’apprécie depuis longtemps, en revanche le Pop est apparu plus tardivement. Cela reflète aussi un état d’esprit. Peut-être qu’à cette époque-là j’avais envie de transmettre quelque chose d’un peu plus sombre. Maintenant, j’ai envie de faire des choses plus pepsies, plus colorées. Ce n’est pas le seul thème que j’ai gardé, mais c’est ce qui revient principalement.

Est-ce qu’il y a certains portraits qui te représentent ?
Quelque part, ils me représentent tous un petit peu, dans leur côté désabusé, cynique, solitaire, indépendant… Il s’agit en quelque sorte de plusieurs facettes de ma propre personnalité, puisque selon les tableaux, j’essaye d’exprimer des choses différentes. Par exemple, celui-ci avec l’inscription « t’inquiète pas, j’ai oublié ton nom aussi » (Émilie m’indique la toile suspendue au-dessus de sa télévision), exprime l’indépendance et le côté « je fais ce que je fais et j’assume ». Il y en a d’autres qui sont plus mélancoliques et fragiles.
Dans leur attitude, elles symbolisent aussi la femme idéale comme je me l’imagine. Elles sont des projections de moi-même, de ce vers quoi j’aimerais aller. Autrement, j’ai déjà fait un autoportrait.

Toutes les femmes que tu peins sont différentes. Elles ont une personnalité, un passé. Sont-elles créées à partir de modèles ou de ton imagination ?
En général, j’ai un support: j’utilise une photo. Ensuite, le but c’est que ça ne ressemble pas au modèle. Je m’en sers comme base pour travailler à partir de mes propres aspirations ensuite. Je n’essaye pas de faire du portrait.

J’imagine que les femmes que tu peins te parlent, te raconte à leur façon une histoire. Peux-tu me raconter l’histoire de l’une d’entre elles ?
Ce n’est pas facile, car les tableaux sont des moments pris à l’instant T. Je ne pense pas forcément à ce qu’il y a avant ou après. Je n’ai jamais fait cette démarche de savoir d’où elles viennent et vers quoi elles vont.

Tes toiles dégagent beaucoup de mystère. On a parfois du mal à savoir ce qu’éprouvent ces femmes: de la mélancolie, de la tristesse, un sentiment de révolte ou de séduction. Est-ce ainsi que tu perçois la femme: mystérieuse ?
On a toute un côté contradictoire et il est assez difficile de nous mettre dans des cases. On évolue en permanence, on pense pleins de choses qui ne sont pas forcément cohérentes. C’est cette ambivalence qui fait le mystère de la femme.

Quelle figure féminine correspondrait le mieux à tes toiles ?
Angelina Jolie est une figure que j’aime bien. Elle correspond à mon idéal féminin, tant au niveau de son physique que de sa personnalité. J’apprécie son parcours, la façon dont elle mène sa vie sans se préoccuper du regard des autres. Les choix qu’elle fait, elle les assume complètement. Sur certaines peintures, elle m’a servi de modèle. Ça ne se voit pas toujours mais on peut sentir l’influence. J’aime que cela soit suggéré sans qu’on ne la reconnaissance forcément.

Tu prends aussi des commandes. Le fait de peindre avec une demande particulière, fait-il ressortir quelque chose d’autre ?
Les commandes ont un aspect plus contraignant. Je dois m’adapter à ce que les gens veulent et pour le coup, le visage doit être ressemblant. Ça me permet de réaliser des choses que je n’aurai pas forcément faites et de sortir de ma zone de confort. Répondre à des commandes est toujours une expérience enrichissante.

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Dans quelle disposition te mets-tu pour peindre ?
Il faut que j’aie beaucoup de temps, car quand je me mets à peindre, cela peut durer de nombreuses heures. J’aime bien peindre le soir pour ne pas être dérangée. Je me coupe du monde extérieur, téléphone, internet, car être concentré est essentiel. Le fait d’être à fond dedans est assez exaltant, on ne voit pas le temps passé.
À titre d’exemple, j’ai commencé mon dernier tableau vers 20h et l’ai terminé vers 4h du matin. Je ne me suis pas arrêtée sauf pour quelques pauses cigarette, histoire de prendre un peu de recul. C’est quand même assez long car ce n’est pas tout le tableau qui a été composé à ce moment-là. Il y a eu toutes les couches préalables

Combien de temps mets-tu pour murir une toile et pour l’exécuter ?
C’est difficile à répondre, car en permanence je pense à de nouvelles inspirations. C’est un travail permanent. À un moment, l’idée surgit, je ne sais pas encore ce que ça va devenir précisément mais les choses se mettent en route. Concernant l’exécution, c’est très variable puisqu’il y a des tableaux plus longs que d’autres à réaliser. En moyenne, je dirais que ça me prend entre vingt et trente heures, ça dépend du nombre de couches. Je m’y prends à de nombreuses reprises avant de finaliser une toile.

Certaines t’ont-elles résisté plus que d’autres au moment de leur réalisation ?
Il y en a certaines avec lesquelles c’est assez facile, même si c’est rare. En général, il y a toujours un moment quand tu commences une toile où tu luttes et tu te dis « je ne vais jamais y arriver, ça va être une croute ». C’est à ce moment qu’il faut s’acharner, ne pas lâcher l’affaire. Des fois, il y a des toiles où ça ne va pas du tout. Je balance de l’huile dessus, j’efface à moitié, je repars et parfois ça donne de très bonnes choses. Comme quoi il ne faut pas désespérer. Et d’autres fois, c’est complètement raté, mais cela reste heureusement relativement rare.

As-tu déjà détruit une toile car tu n’étais pas satisfaite de ton travail ?
J’y suis allée doucement, car je n’ai pas la place pour mettre le feu dans mon appartement, mais oui ça m’est déjà arrivé d’en mettre à la poubelle. C’est plus libérateur que frustrant, car au moment où on laisse tomber la croute, on peut passer à autre chose.

La dernière exposition que tu as faite se passait à la galerie Art & Miss dans le Marais durant le mois de janvier. As-tu d’autres dates de prévues ?
On va participer au salon d’art contemporain Art3F à porte de Versailles, le 12, 13, 14 février. Il y aura pas mal d’exposants, ce qui est l’occasion de découvrir d’autres artistes. J’ai également une expo de prévue en mars dans un hotel et une autre qui devrait suivre en avril dont je communiquerai le lieu et la date très prochainement.

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