#02 Deux enfants, le sourire aux dents et le coeur fracassé.

Parfois, j’ai ce désir de m’isoler. Surtout quand je te parle. C’est vers toi que je me tourne pour épancher mon excès de bile. Tu tounes le dos à la civilisation, las de ce masque d’hypocrisie que tu côtoies et c’est moi que tu appelles. Il m’arrive de me demander pourquoi. Surement parce que tu ressens la même chose que moi : ce repos d’être ensemble. À distance, nous nous coupons du monde.

Je ne suis pas très causante, mais tu sais parler pour deux. Faire le pitre, me faire rire, me charmer… Tu te prends pour Gainsbourg, Brel ou encore Renaud et ton talent a le don de me faire voyager. Révolté, tu fais la satire du monde, relève les oxymores d’un trop plein d’humanité qui ne veut plus rien dire. Tu te lances dans des tirades cruelles et choquantes et sur ton visage, une douceur teintée de folie. « C’est le sourire du cynisme », me réponds-tu. Ce franc-parler est inhabituel pour les gens de notre temps, mais c’est cela que j’aime. Tu n’as pas peur de dire aux autres leurs quatre vérités, peut importe la hiérarchie. Tu me rapproches de ce que je suis, de mes convictions, de mes principes… Que j’ai dû enterrer pour entrer dans le conformisme. Tu exècres toutes les lois qu’on inventé les hommes et la religion, celles qui intentent à ta liberté. Tu oses brandir haut ce doigt d’honneur et j’apprends avec toi à cesser de me priver. « Si tu aimes faire ça, pourquoi tu t’empêcherai de le faire ? Tu t’en fous du jugement des autres ». Et depuis que je cesse de me préoccuper de ce qu’on peut penser de moi, je ne m’en porte que mieux. L’engagement ? Malgré toute la volonté du monde, je n’y arrive pas. Faire vœux d’amour et fidélité jusqu’à la fin de sa vie, c’est des conneries. Ce que je trouvais beau, digne d’un conte de fée, me semble désormais bien fade et terne. Peut-être est-ce parce que j’ai été dégoutée par mes précédentes relations, que le bon moment n’est pas encore venu ou simplement que j’ai ouvert les yeux. Les mauvaises langues diront que je suis jalouse, mais en vérité il n’y a qu’une seule chose capable de me rendre jalouse : l’étincelle. Je la vois trop rarement entre deux personnes.

Sais-tu que tu l’as cette étincelle ? Tu la portes en toi comme la statue de la liberté tient son flambeau. Tu as cette fougue de vivre, ce besoin pressent d’éprouver de vives sensations. Ta sensibilité transpire de tout ton être et c’est pour cette raison que tu attires autant. La beauté, c’est l’authenticité.

Quand je te regarde, j’ai l’impression que tu n’as besoin de rien, ni de personne. C’est fascinant. Je t’envie de t’être affranchi de tant de barrières, alors que de ton côté tu m’envies cette capacité à rêver. Tu te moque de moi en me disant que j’ai été élevé à la sauce Disney, mais toi aussi tu espères. On n’est pas si différents. Non, vraiment pas. On gère juste autrement notre solitude. Probablement, cherches-tu la même chose que moi : que quelqu’un vienne te sauver. Et pourtant tu ignores que toutes les personnes qui posent les yeux sur toi n’espérent que ça. Tu attends cette relation profonde qui te secoue de l’intérieur comme jamais. Cette personne qui ôtera la douleur qui te mord la poitrine chaque fois que tu te réveilles. Et pour faire taire l’attente, pour faire taire le vide, tu t’en vas courir la société. Cercle vicieux. Mais est-ce seulement possible d’aimer comme un fou sans en être mal(ade) à en crever ? Le repos est-il compatible avec nos sentiments insatiables ?

Trop d’amour et de contradictions dans nos êtres. Une conscience aigue de ce qui nous entoure, qui provoque notre malheur. Nous sommes deux écorchés vifs, le sourire aux dents, les yeux tristes et le cœur fracassé. Mais tout va bien, parce qu’on a pour nous la liberté.

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