Chronique : « je suis ton ombre » de Morgane Caussarieu

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Le résumé

 » Le Temple, petit village du Sud-Ouest, ses plages, ses blockhaus, son unique bistro, son école où la violence est le seul remède à l’ennui. Poil de Carotte y vit seul avec son père handicapé. Gamin perturbé auxpenchants sadiques et souffre-douleur de ses camarades de classe, sa vie bascule lorsqu’il se rend dans une ferme calcinée en lisière de forêt. Des fantômes y rôdent, paraît-il. Mais en lieu et place de revenants, il découvre un étrange manuscrit rédigé par des jumeaux, il y a trois cents ans. Leur vie sauvage et heureuse à La Nouvelle-Orléans tourne au cauchemar lorsqu’un sulfureux marquis les prend à son service.
Plus Poil de Carotte avance dans sa lecture, plus des événements étranges surviennent : un chat noir qui parle, une voix qui lui chuchote la nuit à l’oreille, un enfant au teint trop pâle et aux lèvres trop rouges… Et s’il avait réveillé des forces aussi malsaines qu’attirantes ? « 

MA chronique

J’ai découvert ce livre lors du salon de Mons en Belgique. Il me faisait déjà de l’oeil à l’époque, mais c’est au salon de Paris que je me le suis procuré (dédicacé, s’il vous plait!). Ma correctrice Lily m’y a fortement encouragée tant elle l’avait adoré et en toute sincérité, je ne le regrette pas.

La première page qui nous explique ce qu’est un « jumeau fantôme », « un jumeau cannibale et « le syndrome du transfuseur-transfusé » annonce déjà la couleur. Les âmes les plus sensibles refermeront ce livre et diront « c’est quoi ce truc ? » avec une mine de dégout, les autres s’en délecteront. Mais attendez encore un peu, car je n’ai même pas encore parlé de la première page de ce récit.
Ce qui m’a le plus surprise c’est l’écriture de Morgane Cassaurieu. J’ai éloigné le livre un instant, ai plissé les yeux, persuadée que « non, ça n’allait pas le faire ». Finalement, après quelques pages, ça m’a paru naturel. L’auteur intègre complétement ce fameux gamin surnommé « Poil de Carotte », au point de calquer sa façon de penser et de s’exprimer. Un pari osé mais réussi, puisqu’il permet au lecteur de s’immerger complètement dans ce récit.

« J’vais te crever, Poil de Carotte !  » gueule Timmy Krump avant de m’enfoncer profond son genou dans le bide. Splash ! Ma salive rosâtre salope de partout le lavabo. »

L’histoire commence par un caïd de l’école qui tabasse notre « héros », nous plongeant dans l’univers violent de la cour d’école. L’entrée en matière est percutante et loin d’être inutile. Ce n’est pas seulement un choix stratégique de la part de l’auteur pour accrocher son lecteur. Loin de retomber comme un soufflet dès la seconde page, il s’agit du point de départ de la souffrance de « Poil de Carotte ». Celui-ci veut être pote avec ce Timmy mais au lieu de ça, il se fait pisser dessus. Il nourrit une haine de tout ce qui l’entoure, les chats et même son meilleur pote David, mais pas pour Timmy. Timmy, il l’aime. Il va aller jusqu’à faire les pires conneries juste pour l’impressionner. Ce n’est pas le genre de bêtises innocentes comme on a pu en faire. Eux, ce sont vraiment de sales gosses. L’horreur est incarnée par ces mômes de neuf ans et c’est cela le plus dérangeant. Sont-ils juste inconscients ou la dureté et les épreuves de la vie ont-elles déjà façonné ces garçons en hommes ? Dites-vous que le passage à tabac n’est qu’un début… Plus vous avancerez et plus la noirceur de l’âme d’un enfant envahira les pages.

L’autre originalité de ce livre est le double récit. On suit à la fois « Poil de Carotte » (d’ailleurs, a-t-il un prénom ou vais-je vraiment devoir l’appeler comme cela à chaque fois que je le mentionne ?) et deux jumeaux qui ont vécu à la Nouvelle-Orléans, il y a de cela 300 ans. Poil de Carotte trouve un carnet dans la maison qui a brulé près de chez lui et va suivre les « aventures » de Jean et Jacques, ou Uriel et Gabriel, c’est selon… On voit à quel point un récit peut influencer la vie de son lecteur, les émotions que peut provoquer sa lecture (Une référence à Don Quichotte?). Ces deux jumeaux qui au tout début avaient l’âme pure subissent la manipulation et la cruauté des adultes. L’un d’eux va venir hanter les rêves de notre « petit héros » mais aussi d’autres enfants, au point que nous avons l’impression de flotter dans une autre dimension. Ce qu’il se passe à l’école ? C’est presque banal en comparaison… C’est presque pas grave.

Les thèmes abordés dans ce livre sont nombreux et on y retrouve de multiples références tels que « le chat noir » d’Edgar Allan Poe ou Cosette. L’histoire de ce récit est donc riche et à la fois complexe. Au delà de sa lecture, c’est un livre qui mérite vraiment reflexion et qui murit dans l’esprit de son lecteur.

Si vous aimez ce qui sort de l’ordinaire, « je suis ton Ombre » vous plaira forcément. Une fois le premier choc passé de l’ambiance, de l’écriture et de l’univers, on adore et on en est accro. Attention cependant, giclée d’hémoglobine en perspective.

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4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Merci beaucoup pour cette belle découverte 🙂 couverture est magnifique et l’histoire atypique. Je suis adepte en plus des doubles récits 🙂 je le note.

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    1. Heureuse d’avoir pu te faire découvrir ce livre 🙂 tu ne devrais pas être déçue.

      Aimé par 1 personne

      1. Je le mets dans ma wish list 🙂

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